Felipe Franz WIENKE
2. L’affichage environnemental au Brésil : de l’émergence d’instruments volontaires à la responsabilité du contenu
2.2. La responsabilité civile des acteurs privés face à l’affichage environnemental
Chapitre 8. l’affiChage environnemental en Droit Brésilien : un statut hYBriDe...
à la norme ISO 14001 ont été enregistrés par des certificateurs brésiliens. Cependant, le coût élevé du processus de certification empêche toujours les moyennes et petites entreprises de contracter les services d’audit pour obtenir un label ISO.
L’émergence d’affichages environnementaux qui ne sont pas soumis à des réglementations plus strictes est constatée. Dans ce contexte, l’étiquetage indépendant des produits alimentaires des agriculteurs familiaux, des produits des petites coopératives de la réforme agraire, des produits des communautés autochtones et traditionnelles (qui n’ont pas nécessairement fait l’objet d’un pro- cessus d’audit) peut être cité. Ce sont des affichages environnementaux qui visent à atteindre une partie de la société sensible aux luttes et aux conquêtes sociales des populations historiquement engagées dans des formes de production culturellement durables. À titre d’exemple, mention est faite du label « Origens », créé par l’Organisation non gouvernementale Instituto Socioambiental (ISA), qui vise à valoriser la production durable des peuples et communautés traditionnels. L’affichage permet la traçabilité du produit, identifiant la communauté indigène responsable de la production, ainsi que des détails socio-environnementaux sur le processus de production21.
L’affichage environnemental peut avoir à la fois des effets positifs, comme l’expansion de l’information mise à la disposition du public, et des effets négatifs. La propagation non standar- disée des étiquettes permet difficilement aux consommateurs de comprendre et d’assimiler avec précision les informations. Les acteurs privés sont objectivement responsables du contenu des informations présentées dans leurs produits, même s’il s’agit d’informations volontaires.
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de la théorie du risque intégral, adoptée par le Code de protection des consommateurs, impose un devoir d’information et de responsabilité même dans les cas où le risque n’était pas connu du fournisseur. En ce sens, la création de risques implique désormais la responsabilité de l’acteur privé, quelle que soit la caractérisation des atteintes à la santé ou à l’environnement.
La sanction de l’omission d’information environnementale a été admise par le pouvoir judiciaire, comme le montre une décision du tribunal de justice de São Paulo qui a confirmé la condamnation d’une entreprise ayant vendu des produits fabriqués avec du soja génétiquement modifié, en omettant les informations dans l’étiquetage. La décision de São Paulo a considéré le contenu « contralegem » au décret no 4.680/03 (qui impose l’obligation d’étiquetage unique- ment en présence de semences génétiquement modifiées au-delà de 1 %). Selon la décision, la loi no 11.105/2005, qui réglemente l’utilisation des semences génétiquement modifiées au Brésil, n’a introduit aucun pourcentage de tolérance, abrogeant ainsi tacitement le décret de 2003. La décision a largement reconnu le droit du consommateur de choisir et a valorisé l’importance d’un affichage informatif lié aux impacts environnementaux des produits22.
Le cas de l’affichage environnemental erroné ou insuffisant fait également l’objet de déci- sions judiciaires. Ainsi, une action civile publique a été exercée par le Ministère public à l’en- contre du fabricant de semences et de pesticides Monsanto, à la suite d’une publicité élaborée par l’entreprise visant à donner une image écologique à ses produits. Le message publicitaire, à travers le dialogue entre un agriculteur et son fils, laissait sous-entendre que l’utilisation de la semence génétiquement modifiée permettait une réduction de l’utilisation des pesticides, ce qui était bénéfique pour l’environnement. Selon le Ministère public fédéral, la publicité a transmis des informations qui n’étaient pas scientifiquement prouvées, incitant le fermier-consommateur à l’erreur. Le tribunal régional fédéral de la 4e région a accepté les arguments. Le vote du juge rapporteur a déclaré que « la publicité devrait, à tout le moins, avertir que les avantages qui y sont proclamés ne font pas l’unanimité dans la communauté scientifique et mettre en garde expressément contre les méfaits de l’utilisation de pesticides de toute nature23 ». L’indemnité octroyée au profit du Fonds d’État pour la restauration des biens dégradés (dont le versement est suspendu en raison de l’appel devant le Tribunal supérieur de justice) a été fixée à cinq cent mille reais. Bien qu’il s’agisse d’une publicité de l’entreprise, les arguments de la décision s’appliquent également à l’affichage de tout produit.
Les deux cas susmentionnés démontrent une obligation des acteurs privés de fournir un étiquetage environnemental adéquat, qu’il existe une obligation spécifique dans la loi (informer de la présence de semences génétiquement modifiées) ou une obligation générale (informer clairement des caractéristiques et des risques d’un produit et ne pas induire le consommateur en erreur lors du choix).
22. Tribunal de Justiça do Estado de São Paulo, Apelação no 0218243-58.2007.8.26.0100, 25 août 2015.
23. Tribunal Regional Federal da 4ª Região, Apelação Cível no 5002685-22.2010.404.7104, 15 octobre 2013.
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Sur la scène internationale, des condamnations judiciaires ont lieu contre des entreprises productrices de pesticides, en raison des atteintes à l’environnement et à la santé humaine résul- tant de l’utilisation de ces produits24. Sur ces questions, les décisions des cours supérieures n’ont pas encore été rendues au Brésil. Cependant, compte tenu de la teneur de l’affichage environne- mental des produits phytosanitaires au Brésil (difficile à comprendre pour les utilisateurs ordi- naires, sans formation technique spécifique), il semble y avoir un retard évident dans l’obligation d’un affichage environnemental adéquat et suffisant.
Il est donc clair que l’affichage des produits oblige les acteurs privés, qui peuvent enga- ger leur responsabilité. L’absence d’informations ou la présence d’informations erronées (qui induisent le consommateur en erreur) viole le principe de bonne foi objective. Le développe- ment de l’affichage environnemental, même volontaire, s’est accompagné d’une évolution de la jurisprudence en matière de responsabilité civile des acteurs privés. Cette tendance juris- prudentielle, toujours en évolution, renforce le rôle des acteurs privés dans la réalisation de la justice socio-environnementale dans le domaine des relations économiques.
Conclusion
L’affichage environnemental est généralement décrit comme une démarche volontaire adop- tée par les acteurs privés pour informer le public. Cependant, en adoptant un concept plus large, il est indéniable qu’il existe également un affichage considéré comme obligatoire. L’affichage envi- ronnemental a donc une double tendance : parfois mesure contraignante imposée par l’État (qui commence à exiger de plus en plus d’informations auprès des acteurs privés), parfois mesure spontanée adoptée par les acteurs privés (qui se sentent invités à développer la transparence des produits, des processus de production et de la post-consommation).
Il est possible de considérer l’affichage environnemental comme un élément de responsabi- lité socio-environnementale des entreprises, dans un champ d’étude commun du droit de l’envi- ronnement et du droit de la consommation. Même lorsqu’il est volontaire, l’affichage environne- mental peut conduire à l’engagement de la responsabilité des acteurs privés pour les dommages ou les risques de dommages à l’environnement et à la santé humaine.
L’utilisation croissante de l’affichage environnemental va responsabiliser les pratiques des acteurs privés attentifs au contenu des informations destinées aux consommateurs. La bonne foi objective, consacrée depuis les années 1990 en droit de la consommation, gagne « des contours verts », se traduisant par une jurisprudence de plus en plus engagée en faveur de la justice socio-environnementale.
24. Voir le cas de condamnations prononcées contre Monsanto aux États-Unis (Salve, 2019) et en France (Jolly, 2019).
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Bibliographie
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www.lemonde.fr/planete/article/2019/04/11/
nouvelle-victoire-de-l-agriculteur-paul-francois- contre-monsanto_5449016_3244.html], consulté le 5 septembre 2022
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