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Le Soufisme maghrébin entre l’authenticité et la perversion des rites

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Academic year: 2017

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© Université de Mostaganem, Algérie 2005

Le Soufisme maghrébin entre l’ authenticité

et la perversion des rites

Dr Mokht ar At allah Universit é de Most aganem, Algérie Résumé :

La relat ion ent re l’ univers de représent at ions t ransmis de générat ion en générat ion et l’ univers const ruit par le suj et maghrébin, nous mène vers ce qui est appelé la psychologie proj ect ive puisque t out es les t ransf ormat ions opérées dans les comport ement s t radit ionnels nous renseignent sur le processus de l’ évolut ion de la myst ique souf ie au Maghreb. En ce sens, pourquoi est -ce que le suj et collect if ret ient , adopt e ou change t els ou t els f ait s plut ôt que d’ aut res ? Les comport ement s observés chez les maghrébins ne sont nullement des f ait s universaux, mais des f ait s relat if s à la t radit ion et la religion musulmane au Maghreb.

Mots-clés :

souf isme, Maghreb, rit es, t radit ions, religion.

***

A priori, nous supposons que le Souf isme const it ue un ensemble d’ act es comport ement aux (t radit ions) appréhendés comme des f ait s signif iés dont la compréhension relève de l a compét ence et de la perf ormance logico-sémant iques d’ un suj et pot ent iel qui veille à la variét é (polysémie) de l’ int erprét at ion, c’ est -à-dire de sa capacit é à décrypt er les f ait s symbolisés par un act e reçu et qui dépendent direct ement de sa cult ure et de son appart enance et hnologique, sociologique et hist orique.

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au Maghreb.

Dès lors, la relat ion ent re l’ univers de représent at ions t ransmis de générat ion en générat ion et l’ univers const ruit par le suj et maghrébin, nous mène vers ce qui est appelé la psychologie proj ect ive puisque t out es les t ransf ormat ions opérées dans l es comport ement s t radit ionnels nous renseignent sur le processus de l’ évolut ion de la myst ique souf ie au Maghreb. En ce sens, pourquoi est -ce que l e suj et collect if ret ient , adopt e ou change t els ou t els f ait s plut ôt que d’ aut res ? Les comport ement s observés chez les maghrébins ne sont nullement des f ait s universaux, mais des f ait s rel at if s à la Tradit ion / Religion musulmane au Maghreb, c’ est -à-dire condit ionnés cult urellement et hist oriquement en vert u de sa souche aut ocht one.

1 - Sur le plan historique :

La populat ion désignée par le t erme berbère signif iant "celui qui est ét ranger à la civilisat ion gréco-lat ine" recouvre l’ ensemble des maghrébins qui parlaient et parlent t ouj ours des dialect es puisant leurs vocables dans un même réservoir linguist ique n’ ayant j amais accédé au st at ut de l angue of f icielle et devenu l e point commun de quelques millions d’ habit ant s.

En ef f et , dès le VIIe siècle, on s’ at t achait à écrire en arabe, parf ois sans comprendre grand-chose, mais on en devinait quand même le sens. En dépit de l’ enseignement coranique, bon nombre de mot s arabes rest ent ét rangers et incompréhensibl es pour les Berbères des mont agnes. Ceci dit , nous dist inguons dans le groupe berbère : le t ype Kabyle, le t ype Chaoui, le t ype Mozabit e et le t ype Targui.

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pouvoir sur l’ ensemble de l’ arrière-pays et réorganise polit iquement et économiquement le Maghreb.

A part ir du IIIe siècle, la dominat ion romaine décline, laissant place aux Vandales qui débarquent au début du Ve siècle. Not ons qu’ aucune de ces t rois conquêt es n’ exerça une grande inf luence sur le Maghreb berbère. Les Byzant ins n’ eurent pas plus de chance et le Maghreb garda sa spécif icit é. L’ invasion arabe, au VIIe siècle, se heurt a à une f arouche résist ance ; mais elle parvint à s’ imposer après s’ êt re ét endue à l’ Espagne.

A part ir du Xe siècle, des t roubles polit iques et religieux éclat ent au Maghreb f avorisant la prépondérance marocaine sous l’ act ion de dynast ies réclamant f anat iquement leur at t achement à la seule Religion musulmane en dépit de la croyance en un seul Dieu, "Allah", auquel on s’ adressait aussi bien en arabe qu’ en berbère.

Cet t e décapit at ion hist orique, f aiblesse chronique du Maghreb, rend possible, au début du XVe siècle, les dif f érent es invasions : port ugaise et espagnole. Une opposit ion implacable f ut dressée cont re l es envahisseurs qui durent se cont ent er de quelques port s f ort if iés. Par ailleurs, la résist ance apport a un nouvel élément dans la spécif icit é maghrébine.

Les populat ions berbères j usqu’ alors opposées à l’ Islam s’ y adonnèrent en mêlant pat riot isme et f erveur religieuse ; ce qui f acilit a l’ int ervent ion des Turcs qui vinrent à la rescousse des populat ions locales et s’ y inst allèrent de la f in du XVIe siècle j usqu’ au premier quart du XIXe siècle.

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d’ évangélisat ion.

2 - Sur le plan culturel :

Cult urellement , les échanges ent re l’ arabisme et le berbérisme f urent t rès int enses qu’ il serait impossibl e à l’ esprit de les dist inguer l ’ un de l’ aut re. Le droit coranique, aussi spécif ique qu’ il soit , est t rès dif f icile à dist inguer du droit berbère. C’ est donc dans cet t e perspect ive de conf ront at ion permanent e ent re les dif f érent s groupes et hniques que s’ élabore la cult ure originale du Maghreb.

Les populat ions maghrébines t rouvent leur idéal dans le passé à savoir : la f idélit é à la t radit ion des ancêt res comme valeur absolue qui domine t ous les act es de la vie sociale. Cet hérit age ancest ral est t ransmis essent iell ement sous f orme de t radit ions orales dans le cadre d’ une ident it é originel le spécif iquement berbère puisqu’ il est t ouj ours quest ion de t ransmet t re irréversiblement , de siècle en siècle, les croyances, les révélat ions, le savoir des Anciens et l’ image de soi f ormée par le groupe et hnique auquel on appart ient .

Ces t radit ions orales t ent ent de dot er les plus j eunes membres du groupe d’ un enseignement capable de f orger chez eux un avenir qui représent e l’ image vivant e du passé.

La f amille, première école, apprend à l’ enf ant t out es les règles de civilit é en rest ant f idèle à la langue, aux us et cout umes, à la Foi considérée comme f ondée. C’ est ainsi que s’ af f irme le convent ionnalisme qui gère la cult ure maghrébine. Il en découl e une vol ont é de donner à l ’ aut re, plut ôt qu’ à soi-même, l’ apparence d’ une personnalit é saisie en t ant qu’ êt re pour aut rui, perpét uel lement sous le regard des aut res.

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ancêt re honoré d’ un cult e. Le syst ème social qui en découle est conçu sur la généalogie qui l eur permet de se découvrir des Ancêt res communs. Not ons, à ce propos, que la généal ogie représent e une st ruct ure social e proj et ée dans le passé et par ailleurs rat ionalisée et légit imée. L’ Islam (s’ en remet t re à la volont é d’ Allah) dénominat eur commun, est incrust é dans t out e la sociét é. Tout es les at t it udes sociales ou int ellect uelles sont int erprét ées ou réint erprét ées en réf érence au Coran : cérémonies, rit es, cout umes, naissances, mort , f emme recluse, prière collect ive, obl igat ions, int erdit s, bapt ême, circoncision ; d’ où le problème de l a symbolisat ion.

3 - La Symbolisation :

Du coup, il n’ y aurait que la symbolisat ion, exprimée à t ravers les rit es ident it aires et le mode de vie locale, qui impliquerait l’ exist ence d’ un dét erminisme des f ait s inclus dans le processus du Mekt oub admis par la t ot alit é du groupe t radit ionnel, en part iculier l’ élément f éminin qui f onct ionne par implicat ion et réf érence symbolique. Cependant , il est à not er que, dans le t ravail de la symbolisat ion, t out repose sur les présupposés cult urels et religieux ; d’ où l’ analogie int ert ext uelle voilée par les f eint es caricat urales auxquelles il est souvent f ait appel dans un t el processus (Cf . Rapport implicit e ent re les personnages marabout iques et coraniques).

Ce t ravail de la symbolisat ion, assez part iculier, procède de l’ admission, implicit e ou explicit e, du principe de causalit é qui préside dans l’ act e rit uel comme f ondement du processus d’ ident if icat ion ; d’ où l’ inévit able examen de la symbolique des élément s mét aphoriques et de leur agencement délibéré comme clés des Myst ères et des Miracl es. A ce niveau, il nous f aut dist inguer l es act es prof anes des act es sacrés.

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t ous les rit uels et les act ions signif icat ives qui réalisent le sens que leur at t ribue le groupe t radit ionnel, considérant qu’ elles répèt ent consciemment celles recommandées ab origine par Allah à ses Prophèt es et perpét uées par des pères spirit uels. Par conséquent , la réalit é devient synonyme de l’ imit at ion d’ un act e archét ypal pour l’ esprit du groupe t radit ionnel maghrébin.

Cet t e répét it ion conscient e des act es et des sacrif ices, sous f orme d’ act ions paradigmat iques, mont re une sort e d’ ont ologie originelle à plusieurs niveaux de la vie puisque la signif icat ion et la valeur de ces act es sont rat t achées à la reproduct ion / répét it ion d’ act es sacrés d’ une donnée myt hico-religieuse au sens où ils revoient à un act e ab origine.

Nous convenons que t out es ces act ions acquièrent , selon le code qui leur est at t ribué, une valeur religieuse et sont considérées comme réelles puisqu’ elles part icipent à la réalit é qui les t ranscende à t ravers l’ act ualisat ion par la répét it ion. En ce sens, l e t emps concret , act uel, de l a réalisat ion du rit uel coïncide t erme à t erme avec le t emps myt hique proj et é par le cycle. Il y aurait alors superposit ion du passé et du présent avec une proj ect ion f ut ure ; d’ où la valeur cult urelle du Souf isme dans t out es les sphères sociales maghrébines où il s’ accommode de la souche dominant e, quel que soit son degré d’ int el lect ion, par l’ adapt at ion de t out es les manif est at ions cult urelles aussi hét éroclit es soient -elles, sans rien rej et er, selon un processus syncrét ique.

En ef f et , c’ est dans cet esprit que les conf réries souf ies servaient de passerelles ent re l’ int ellect ualit é des haut es sphères myst iques et la dévot ion populaire ; et pour ce f aire, des poèt es souf is créèrent des chant s de dévot ion et de prières en langue vulgaire, élément s t rès import ant s dans la cult ure lit t éraire des basses classes sociales.

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prat iques inint elligibl es et des déviat ions dues à l’ analphabét isme des masses populaires et leur sous-cult ure ; ce qui a permis à l’ ort hodoxie musulmane d’ user à bon escient de cet t e carence et de s’ insurger cont re t out ce qui relève du Marabout isme, à savoir : le Cult e des Saint s locaux, les Légendes, les Miracles, les Manif est at ions f rénét iques, les Transes et aut res. Pour l’ Ort hodoxie Musulmane, il ne s’ agit l à que de déviat ions superst it ieuses, ét rangères à l’ Islam.

En dépit de l’ appart enance sunnit e de Dj alal ud Dine Rumi, Rabia al Adawiya, Dhu Nun al Misri, Al Halladj , Omar Ibn al Farid, Es Sanaî, Al At t ar, Al Dj ani, Mahmud Shabest ari, Al Muhassibi, Abdul Allah al Ansari, Al Ghazali et Ibn Arabi qui const it uent l es grandes f igures int ellect uelles du Souf isme, les at t aques des Oulémas (maghrébins et aut res) ont ét é persist ant es et considéraient la Myst ique comme non ort hodoxe ; et pourt ant Al Ghazali avait réussi à épurer la Tradit ion musul mane et à concilier ent re l’ Ort hodoxie et le Souf isme saisi comme dimension int erne de l’ Islam.

C’ est dans cet t e perspect ive que les conf réries prét endaient j ouer leur rôle dans la sociét é puisque l’ élément maghrébin naissait et vivait dans les villages et les quart iers bas des villes sous le pat ronage des zaouïas qui réunissaient t ous l es membres inf luent s de l’ ordre ; le plus souvent rat t achés par des liens f amiliaux. C’ est aussi dans ces zaouïas que l’ on récit ait le Coran, qu’ on apprenait les chant s et l es danses dans la prot ect ion et dans l’ int ercession des Saint s, puisqu’ elles ét aient considérées comme le lieu privilégié de la prière et de la médit at ion. Lieux de rappel s des réalit és spirit uelles, ell es const it uaient une présence vivant e de la Foi musul mane.

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caract ère de religion populaire, pour lequel il n’ exist e aucune dist inct ion de classes et où t ous les membres de la sociét é f orment une vérit able f amille, const it ue un t rait pert inent et un f act eur essent iel dans la répulsion des masses à l’ égard de l’ Ort hodoxie des Oulémas et des Cheikhs bourgeois. En out re, l’ élément f éminin, reclus par l ’ Ort hodoxie, pouvait part iciper à cet t e f orme de Souf isme et même organiser ses propres cercles.

Sans vouloir remont er aux origines, c’ est à part ir du VIIe / XIIIe siècle que le Souf isme, sous une f orme modérée, s’ inst alle au Maghreb, adopt ant le "Samâ", concert spirit uel, et le "Raqs", danse myst ique. Tout ef ois, il s’ avère déj à ent aché des t rait s du Marabout isme, c’ est -à-dire la personnalit é supra-normale du Cheikh (Maît re) et l e goût du merveilleux.

Pour ce f aire, dès le XIe siècle, les zaouïas ét aient subvent ionnées par des dot at ions pieuses. Un siècle plus t ard, ces lieux de cult e devinrent des Tariqa, doct rines myst iques, qui dispensaient un enseignement spirit uel se réclamant d’ un f ondat eur dont l ’ Isnad, la généalogie myst ique, remont e à t ravers une Silsila, lignée, j usqu’ au Prophèt e.

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D’ origine ancienne, les écoles les plus célèbres du Souf isme inst it ut ionnel sont :

1 - La Sohrawardiya qui remont e à Diya ud Dine es Sohrawardi mort en 1168.

2 - La Kubrawiya qui se rat t ache à Naj m ud Dine Kubra (1145 – 1221), implant ée en Iran, au Cachemire et à Bagdad, en Iraq. 3 - La Naqshabandiya, associée au nom de Baha ud Dine an Naqshabandi cont emporain d’ Abu Yaqub Yusuf al Hamadani (mort en 1140), s’ est implant ée en Turquie, en Anat olie, au Caucase et en Inde.

4 - La Rif aîya, f ondée par Ahmed ar Rif aî (1106 – 1182) en Egypt e et en Syrie, t rès célèbre j usqu’ au XVe siècle, donna quat re grands disciples qui créèrent chacun sa propre Tariqa : Al Badawiya, Al Dasukiya, Al Schadhiliya et Al Alawiya.

5 - La Quadiriya dont les branches se ret rouvent principalement au Maghreb, en Turquie, en Inde, au Turkest an, en Chine, en Nubie, au Soudan f ut f ondée en Iraq par Abdul Kadir al Jilani (1078 – 1166).

6 - La Khalwat iya issue de Omar al Khalwat i (mort vers 1397), en Syrie, se répand en Egypt e et au Hidj az.

7 - La Schadiliya, la plus import ant e en Af rique du Nord et en Egypt e, f ut f ondée par Abu al Hassen Ali ash Schadili (1196 - 1258), disciple de Abd al Salam Ibn Maschisch, lui-même disciple de Abu Madyan Schuâyb Ibn al Hussein (1126 - 1198) de Tlemcen, le plus grand des premiers maît res du Tassawuf . Abu Madyan avait rencont ré Ahmed ar Rif aî en Iraq et vécu à Bédj aia. On compt e parmi ses f ils spirit uels, l’ andalous Ibn al Arabi, le célèbre philosophe myst ique, mort à Damas en 1240, et le poèt e ash Shuscht ari dont l es poèmes sont t ouj ours récit és dans les Hadras.

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de la Mecque. Sa conf rérie est représent ée à Ist anbul , en Roumanie, en Nubie, aux Iles Comores, au Maghreb et spécif iquement en Algérie par la Youssuf iya de Miliana. La Schadiliya a compt é parmi ses disciples Ibn At a Allah d’ Alexandrie (mort en 1309), aut eur d’ un célèbre recueil d’ aphorismes souf is sous le t it re d’ Al Hikam al At aiya.

Not ons que la Tarîqa (voie spirit uelle souf ie) est considérée comme la science de l’ Unit é avec le divin. Cet t e quêt e de l’ Absolu ne peut se réaliser qu’ à t ravers le rapport du Moi int érieur au Soi divin dans le cont ext e de l’ Unique Réalit é (Haq). Pour ce f aire, souvent t out es les Tarîqa, maghrébines comprises, s’ appuient sur la remémorat ion, la réf lexion, la médiat ion, l’ examen de conscience et la récit at ion, ce qui rend la t âche des néophyt es on ne peut pl us ardue et quasi-impossible. En ce sens, il serait acquis comme vrai que "si l’ on cherche à rendre accessibles les vérit és t ranscendant es, on risque de les t rahir ; si on cherche t rop à ne pas les t rahir, on risque de ne pas les rendre accessibles".

Emport é dans l’ engrenage de la quêt e de la Vérit é Absolue d’ Allah, de la voie init iat ique, l e néophyt e doit se dépouiller de ses habit udes, de ses a priori, de ses archét ypes ment aux, de ses exigences t errest res, de ses désirs dévast at eurs, en somme de son Ego dest ruct eur, ent amant ainsi un vérit able Dj ihad cont re les passions pernicieuses, voire sa culpabilisat ion ; d’ où le problème de l’ incompréhension dans la t ransmission de cet hérit age myst ique.

4 - Patrimoine lénifiant :

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sans manquer de provoquer des réact ions absolut ist es.

Du coup, l es Réf ormist es Modernes s’ acharnèrent à met t re en relief l’ aspect négat if de ces conf réries f ondées sur le Cult e des Saint s cont rairement à l ’ Islam ort hodoxe qui rej et t e l a vénérat ion de la Saint et é qui s’ exprime par la sollicit at ion des Marabout s dans l’ int ercession ent re l’ homme et Allah ; t out en dénonçant , leur quiét isme et leur résignat ion qui, f ace au dest in t emporel, se sont t raduit s par des pact es avec les puissances coloniales.

Au vu de t out cela, de par sa sit uat ion géographique et de son hist oire, le Maghreb, s’ est vu dét enir une cult ure à t riple expression : arabe populaire, berbère, f rançais qui allait provoquer une vérit able lut t e polit ique pour le droit à la dif f érence et à la reconnaissance sans condit ions. Dans ce sillage, la colonisat ion f rançaise de l’ Algérie, en 1830, marqua la collision ent re deux cult ures. La richesse de l ’ une nourrie de philosophie, de science et d’ hist oire, se heurt ait inexorablement à la pauvret é de l’ aut re af f aiblie par le négat ivisme des Deys t urcs, nourrie de f ables et endiguée par les croyances populaires, exprimées par une t radit ion orale se cant onnant perpét uellement dans l e mimét isme et reprenant , sans cesse, le même modèle d’ expression et de comport ement , al lant ainsi j usqu'à la sacralisat ion.

Not ons qu’ à l’ apogée de la colonisat ion f rançaise, l ’ at t it ude de quel ques Oulémas du Maghreb ét ait des plus cont radict oires. D’ un côt é, ils s’ ét aient présent és comme les vérit ables déf enseurs de l ’ Islam, enseignant uniquement la Sharia, la loi coranique et la t radit ion musul mane comme principes irrévocables de f iert é nat ional e. De l’ aut re, ils se ralliaient aveuglément au régime du Col onat et du Prot ect orat . Chef s de f ile des manif est at ions religieuses. . .

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puis son successeur le Cheikh al-Bachir al Ibrahimi s’ y rat t achait f idèlement en prônant les mêmes principes, au sens où le proclame l ’ organe of f iciel du Part i, Al Chihab, dans son premier numéro, en 1930 : "L’ Algérie, en t ant que part ie du domaine f rançais, est un pays à vocat ion cul t urelle arabo-f rançaise. L’ enseignement public y ét ant essent iellement un enseignement f rançais, l a communaut é musulmane se doit d’ organiser elle-même un enseignement arabe moderne (dans les madrasas), pour lut t er concurremment avec l’ école f rançaise cont re l’ ignorance, et pour hât er la renaissance de la cult ure arabo-islamique en Algérie".

En somme l’ impact de la Nahda (Renaissance), issue des universit és d’ El-Azhar (le Caire) de la Zit ouna (Tunis) et de la Karaouyine (Fès) qui n’ enseignaient pas l’ est hét ique lit t éraire mais la manipulat ion du langage polit ico-religieux, ét ait visibl e sur les Tolbas des méderssas et se développa en échos, en Algérie. Bien qu’ en ret ard, les Oulémas se regroupèrent en associat ions à part ir de 1931. C’ est alors que prolif érèrent les écoles coraniques et les j ournaux arabophones, souvent polémist es envers la cult ure occident ale, qui af f irmaient leur at t achement à la seul e cult ure arabo-musul mane.

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préconisait un ret our aux prat iques religieuses souvent négligées par les Maghrébins qui n’ observaient pas leurs recommandat ions et leurs enseignement s.

L’ écho de ce raisonnement conçu sur les sent iment s f ut t rès amplif ié, en ce sens qu’ il ét ait véhicul é par les inst it ut ions d’ enseignement religieux t elles que la Karaouiyine au Maroc et la Zit ouna en Tunisie. Cependant , la complicit é des chef s religieux avec les aut orit és coloniales mont rait à quel point l es Oulémas manœuvraient les campagnards et le menu peuple des villes en prét ext ant l’ académisme et l’ int ellect ualisme. "Une brisure commencera à s’ opérer ent re la vie de ces élit es int ellect uelles et la vie des couches sociales plus humbles, not e Louis Gardet … L’ est hét ique des cours ref lue sur les recherches et ét udes du monde des t olba (ét udiant s), et bien des discussions j uridico-dogmat iques ou l it t éraires, commencées à la madrasa et poursuivies au souk des libraires, se prolongent à t ravers les souk des corporat ions marchandes ou art isanales".

Au point culminant de l’ hist oire de l’ Al gérie et avec la naissance du Nat ionalisme vers les années t rent e, les int ellect uels arabophones se mirent à la mode des Salaf iya en s’ inspirant des grands Cheikhs du Proche-Orient , t els que : Jamal ed Dine al Af ghani, Mohamed Abdou et Rachid Réda. Cet t e nouvelle générat ion qui se voulait réf ormist e n’ avait proposé aucun renouveau, ni aucune découvert e. Pour elle, il s’ agissait seulement de reprendre indéf iniment le modèle des anciens, Salaf , par un ret our incondit ionnel aux sources de l’ Islam primit if .

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Prophèt e) demeurent t rès inf luent es et quasi-incont ournables. Indubit ablement , le Réf ormisme rest e basé sur la soumission t ot ale et absolue à la Religion, sans possibilit é d’ ouvert ure sur une évent uelle évolut ion du devoir social, sans clart é d’ idées, sans regard int elligent vers l’ avenir pour f ranchir les obst acles qui éloignent incommensurablement la sociét é maghrébine de la Modernit é, même si celle-ci ét ait port ée par une col onisat ion on ne peut pl us négat rice. En somme, en dépit de ces réf ormist es, le Maghreb périclit ait davant age sous le poids des dogmes, f igés et anachroniques, sans pouvoir à j amais s’ en af f ranchir.

En f ait , le Salaf iya ét ait un mouvement réf ormist e ort hodoxe, f ondé par Jamal ed Dine al Af ghani dont l e seul écrit en persan, La Réf ut at ion des mat érialist es, a ét é t raduit en arabe par Mohamed Abdou, considéré comme le Réf ormat eur moderne par excellence. En ef f et , Mohamed Abdou, aut eur d’ Al Khilaf a wal Imama al udhma (1923 - 1925), prévoyait par l’ ent remise de la t echnique occident ale une évent uel le rest aurat ion des principes de l ’ Islam.

Cependant , sous la direct ion de Rachid Réda qui lui succéda j usqu’ à sa mort survenue en 1935, le mouvement salaf ist e t ombe par des voies parallèles dans l e néo-wahhabisme du Hidj az et at t eignit une sort e d’ universalit é musulmane t ouchant du même coup les int ellect uels occident alisés, les élit es t radit ionnelles, les sphères sociales, du Levant au Couchant . "Le "plan de réf orme" qu’ élabore Rachid Rida, souligne Louis Gardet , ent end remont er aux origines même de l’ Islam, et accuse la communaut é d’ avoir dévié depuis Muâwiya, c’ est -à-dire depuis 37 de l’ hégire. C’ est au nom de ce "ret our aux sources" qu’ il f ait une si large part aux principes de la consult at ion de l’ ij ma, considérés comme principes démocrat iques de l a part icipat ion du peuple au pouvoir".

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demi-let t ré, avec une maj eure proport ion ef f rayant e d’ illet t rés mont re une irréduct ible prédilect ion pour le syncrét isme ambiant de l’ Ext rême Orient à l’ Af rique du Nord ? Il est vrai poursuit Gardet , que souvent : "L’ af f ect ivit é religieuse du peuple céda à maint es superst it ions, s’ at t acha à une f orme, parf ois à peine islamisée, d’ anciens cult es païens locaux. C’ est ainsi qu’ en Af rique du Nord la piét é envers les sant ons, les "marabout s" et leurs légendes dorées, et cet t e descendance dégradée du Souf isme des grands âges que sont devenues les séances populaires des conf réries religieuses, l’ emport èrent sans grande peine".

Les Salaf iya ne prônaient que l’ Ort hodoxie et ne s’ adressaient qu’ à la classe int ellect uelle, rappelant par-là les t roubles religieux du Xe siècle, en s’ insurgeant cont re l e Marabout isme : source d’ inspirat ion de la basse classe sociale, le Cult e des Saint s locaux, les Légendes, les Miracles.

Pour l’ Ort hodoxie des Salaf iya, il s’ agissait de déviat ions superst it ieuses que l’ on ret rouve en général dans l es religions à caract ère païen ; ce qui leur valut l’ inimit ié de la populace qui ne voyait dans ces at t it udes qu’ un comport ement snobe et bourgeois, qui, au lieu de la l ibérer de sa condit ion de classe inf érieure, la condamnait à la sobriét é et au renoncement des j ouissances de la vie quot idienne qui adoucissaient sa misère.

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exerça sur la f ormat ion même de cet humanisme, sur cert ains de ses aspect s du moins, une réelle inf luence. . . Moins raf f inée que les œuvres des poèt es de cour, d’ une morale aussi libre parf ois, mais t out compt e f ait plus saine, elle f it largement appel, sur f onds bien dét erminé de légendes anciennes ou ét rangères, à cet ensemble de sent iment s humains, d’ aspirat ion et de passions humaines, qui sont de t ous les t emps et de t ous les lieux. L’ at mosphère générale rest e musulmane, les valeurs musulmanes viennent se gref f er à l’ occasion sur les vieux f olklores ant é ou ext ra islamiques, mais les réact ions à l’ égard des valeurs religieuses sont commandées plus d’ une f ois par une at t it ude de f rondeuse l ibert é".

Par ailleurs, le Cult e des Saint s, t rès répandu dans les milieux ruraux, t rouva un t errain f avorabl e dans le Souf isme qui accordait un int érêt part iculier à l’ élément humain dans la procession religieuse, et prit en charge l a représent at ion d’ une f orme de vénérat ion, inspirée par l e désir de sollicit er l’ int ercession d’ hommes, et plus part iculièrement , les Imams décédés et les chef s de f ile érigés en Walis (Maît res) vénérés de leur vivant comme dans leur mort .

Cet t e at t it ude inhérent e aux milieux popul aires déf avorisés s’ accent ue davant age au moment où les Oulémas et les Cheikhs af f ichaient leur mépris à l’ égard des ruraux, du menu peuple des villes, en consolidant leur st at ut de bourgeois conf ormist es, at t achés au pouvoir ; d’ où t out es les cont radict ions exist ent ielles illust rées par cet t e reprise int errogat ive à l’ endroit de l’ humanisme musul man par Louis Gardet : "N’ est -ce point d’ avoir t rop ignoré cet acquis pat ient des humbles, et de s’ êt re t rop peu soucié de la dure condit ion sociale du peuple, besogneux, qui laissa souvent le grand et brillant aîné, l ’ humanist e let t ré, en proie aux f luct uat ions et crises int érieures ?".

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ne se j ust if ient qu’ à l’ égard des déviat ions et non des f ondement s du souf isme. L’ at t achement à la f erveur f rat ernelle dans les zaouïas est l’ une des principales f ormes de la spirit ualit é du souf isme et se réalise surt out à un niveau populaire dans une sort e d’ humanisme populaire, comme se plait à le souligner Gardet , bât i sur : "Fonds de f olklore, t ableaux de mœurs cont emporaines, redit s dans le souk ou veillées, accessibles au peuple des campagnes lui-même. Car ruraux et nomades ou semi-nomades pauvres, peu t ouchés par les œuvres lit t éraires raf f inées, part iciperont à leur t our à une f orme spont anée et rudiment aire d’ humanisme. Ni par la langue, ni par les t hèmes, elle ne sera exact ement celle du peupl e des villes ; f ace au f olklore des villes, elle saura garder son originalit é d’ inspirat ion et d’ expression".

Il ét ait du devoir des zaouïas, en dehors de la vie spirit uelle, de s’ int éresser à la vie mat ériel l e du monde ext érieur en s’ int errogeant sur son insert ion, en t ant que spécif icit é, au sein de l a sociét é en gest at ion à l aquel l e el l e appart ient et qui est en but t e aux dif f icult és engendrées par la Modernit é, puisqu’ à la f in de l’ it inéraire colonial, aux problèmes d’ adapt at ion aux cont raint es du monde moderne, va s’ aj out er le probl ème de la récupérat ion de l’ ident it é cult urelle et hist orique baf ouée par plusieurs siècles d’ occupat ion ; d’ où la rébellion qui s’ organisa aut our de l a réf orme de l’ hérit age et de la modernit é.

5 - Modernité dévoyée :

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économiques auxquel s f ait f ace l a sociét é musulmane.

Il f allait pour t out e rupt ure garder l’ essent iel, s’ inspirer de l’ Ecole f rançaise, d’ assimiler ses idées principales issues de l a Révolut ion de 1789, de Rousseau, de Mont esquieu, de Volt aire, des Romant iques, de découvrir le Marxisme, le Dadaïsme, l e Surréalisme, le Freudisme, le Personnalisme, l’ Exist ent ialisme, l’ Absurde, le Réalisme socialist e, l e St ruct uralisme, la Psychanalyse ; pour pouvoir prét endre à une sociét é int ellect uelle, capabl e de dépasser ses propres cont radict ions.

On ne pouvait parvenir à une plénit ude de soi, à dépasser son propre enf ermement qu’ en lut t ant d’ abord cont re soi-même, en proposant une vérit able rupt ure dans le sens révolut ionnaire du t erme. Il incombait donc aux écrivains de créer l eur propre modèle par le raf f inage de la cult ure de l ’ Aut re et de rej et er t out ce qui const it ue une f ausse reproduct ion non conf orme aux condit ions de la lut t e maghrébine.

La spécif icit é maghrébine qui n’ a subi aucune grande inf luence depuis l es Phéniciens en passant par les Romains, les Vandales, l es Byzant ins, les Arabes, les Port ugais, les Espagnols, les Ot t omans et les Français devait chercher la solut ion au sein d’ elle-même et ret rouver l’ élément négat if qui s’ ét ait incrust é en elle.

En ce sens, le XXe siècle de la décadence coloniale, pouvait -il êt re ce XIIIe siècle de l’ épopée myst ique du grand souf i de t ous les t emps : Jalal ud Dine ar Roumi (1207 - 1273) ? Le nouvel "homme de laine", sous la dominat ion coloniale du Maghreb par l a France, ét ait -il capable de l ’ appel spirit uel d’ All ah, de sa reconnaissance par l’ irrat ionalisme et l’ int uit ionnisme ? La cont emplat ion est rude et les Tarîqa (Dikr - Sama’ - Raqs - Sukr - Al-Ghalaba) pour y accéder sont rares et non conf ormes. L’ expérience spirit uelle ét ait souvent ent achée de manquer d’ aut hent icit é et de myst icisme.

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s’ exprimant par l ’ ascét isme t out en demeurant cloît rée ; l’ aut re agissant selon l’ archét ype d’ un Saint f ondat eur ou disciple d’ une doct rine. Ecole d’ enseignement coranique et t héologique, cet t e t endance a dévié de ses principes f ondament aux par le recours aux prat iques superst it ieuses déj à encouragées par le colonialisme ; d’ où la st agnat ion et la régression social e.

En ef f et , le M’ Kadem ou Cheikh, personnage religieux, choisi pour ses liens généalogiques f ict if s avec le Maît re ent erré à l’ endroit de la zaouïa ou du Marabout , qui gère les biens locaux, accueille les f idèles et organise des f êt es cycliques ayant pour but de rappeler la piét é du Saint f ondat eur. Il prodigue des conseils et des enseignement s aux hommes et aux f emmes venus conf esser leurs soucis et leurs espoirs. C’ est le part age qui rappelle à t out élément maghrébin le sens de son ident it é collect ive et prof onde de croyant , membre d’ une immense communaut é. Cependant , il serait syncrét ique de penser qu’ il s’ agit , pour eux, de sacraliser la réalit é au lieu de la f uir selon le précept e du Prophèt e : "La t erre t out ent ière est une mosquée".

Ef f ect ivement , on a souvent oubl ié, dans les zaouïas, que la t radit ion ésot érique souf ie s’ enveloppe habit uell ement du Voile de la Mosquée pour préserver l’ inaccessible et divin secret aux néophyt es, dans un langage hyper recherché dans la rhét orique arabe (Allégorie - Ellipse - Hyperbole - Mét aphore) pour réaliser la symbiose ent re Al Bat ine (ésot érique) et Al -Dhahir (exot érique) ; ce que l ’ esprit de la masse incult e, limit ée dans sa conscience imaginat ive, ne peut at t eindre. C’ est alors que le "Souf isme (apparaît comme) la volont é de Dieu (agissant ) dans l’ homme, sans l’ int ermédiaire de l’ homme. Le Souf isme (serait ) l ’ abandon du superf lu. Il n’ y a rien de plus superf lu que (le) moi, car en (s’ ) occupant de (son) moi, (l ’ on) s’ éloigne de Dieu".

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f ondament aux des Myst iques souf ies à savoir : l’ abandon des at t ribut s import uns d’ Al-Naf s, le Moi, l’ Ego humain. Ce qui t émoigne de l’ import ance du Souf isme dans la myst ique des Tarîqa, f ondée sur l e renoncement du bien êt re t errest re, où l’ unique et ult ime quêt e spirit uelle du Arif , le gnost ique, s’ anime d’ amour par la f usion du Microcosme dans le Macrocosme, c’ est -à-dire le Divin.

Dans t out es ces at t it udes pervert ies, les précept es islamiques sont l oin d’ êt re appliqués et représent és conf ormément à l’ ét hique coranique. Rappelons que le Coran met t ous l es act eurs sociaux en présence d’ un univers de valeurs dont la procession progresse du physique dans le mét aphysique, c’ est -à-dire la t ransf ormat ion des inst inct s par le moyen de son ét hique morale : en évit ant le Mal et en adopt ant l e Bien qui rest e un secret inaccessible.

Le Coran évoque, à t ravers, les mot s du l angage, l’ Univers comme subst ance de l’ Unique (macrocosme) dans lequel doit se f ondre l ’ Homme (microcosme), c’ est -à-dire qu’ il dépend de l’ Idée f ormulée dans l ’ Eloquence du Verbe par l’ int ermédiaire de la Connaissance d’ une seule et unique personne, en l ’ occurrence le Prophèt e et non le M’ Kadem.

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maît re véridique".

Par conséquent , endiguée par le malheur colonial et les mensonges du siècl e, la sociét é maghrébine, déçue par sa quot idiennet é misérable, se j et ait , corps et âme, dans l’ illusion et les chimères ent ret enues par le Marabout isme qui se nourrissait de cet t e résignat ion négat ive au sens ou le souligne la sagesse moyen-orient ale : "A ceux qui se nourrissent d’ illusions et de rêves, on ne peut donner comme nourrit ure que l ’ illusoire et l’ imaginaire".

En ef f et , l e Prophèt e dét ient les secret s cachés du Coran dont il int erprèt e les verset s puisque le l angage y est un I’ aj az absolu (l angage ext ensif et inimit able) immédiat dans lequel l e Bayane (expressivit é) procède du Amr (ordre secret ) qu’ Allah a scellé dans son Livre ; d’ où l’ impossibilit é de créer des néologismes. Le Prophèt e est le seul à en connaît re l e vérit able sens par la récept ion direct e des récit s coraniques au moyen de la Révélat ion. "C’ est ainsi que nous t e racont ons l es hist oires d’ aut ref ois ; en out re, nous t ’ avons envoyé de not re part une admonit ion". (Ta Ha, sourat e XX/ 99).

Il en ressort que, seul, le Prophèt e laisse derrière lui l’ Idée permanent e, voire le récit des rit es aut hent iques, t ransmis de générat ion en générat ion, qui const it ue une source de vie pour la Umma musulmane. Et il n’ y aurait que la Foi pour at t eindre la Vérit é, c’ est -à-dire le Secret au sens ou le proclame le Coran : "L’ hist oire des prophèt es est remplie d’ exemples inst ruct if s pour les hommes doués de sens. Le livre n’ est point un récit invent é à plaisir : il corrobore les Ecrit ures révélées avant lui, il donne l ’ explicat ion de t out e chose, il est l a direct ion de t out e chose, il est la direct ion et une preuve de la grâce divine pour les croyant s". (Yusuf , sourat e XII/ 111).

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t emps mésopot amiens d’ Ibrahim Al-Khalil ; et t ransmet aux Arabes l’ ensemble du message sémit ique.

"Il t ’ a envoyé le livre cont enant la vérit é et qui conf irme les Ecrit ures qui l’ ont précédé. Avant lui il f it descendre le Pent at euque et l ’ Evangile pour servir de direct ion aux hommes. Il a f ait descendre le livre de la Dist inct ion". (Al - Imran, sourat e XVIII/ 12).

Parole t ransmise puis écrit e, le Coran ne t end ni vers la recherche de la perf ect ion f ormelle des aut eurs lit t éraires classiques, ni vers la perf ect ion dynamique à t ravers un langage qui se résorbe à l’ usure du t emps. Le st yle du Coran const it ue l’ espace script uraire où s’ opère l’ humain et le divin au moyen l a Lougha (rhét orique classique), élément f ondat eur, incont ournable dans la cult ure arabo-musulmane ; et où t out e parole émise / écrit e est un af f ront ement ent re Dahir et Al-Bat in. En conséquence, la Lougha s’ avère êt re non seulement un out il linguist ique de communicat ion mais aussi un message ont ol ogique ; d’ où l ’ originalit é de la Parole. C’ est alors que le Coran est supposé comport er, dans la vision musulmane, sept sens ésot ériques correspondant aux Lat aîf , les sept "cent res subt ils" de l’ êt re, selon un Hadit h du Prophèt e qui dit : "Le Coran a un sens exot érique et un sens ésot érique. Ce sens ésot érique a lui-même un sens ésot érique, ainsi de suit e j usqu’ à sept sens ésot ériques".

Si la Tradit ion ét ait l’ ensemble des t ext es les plus anciens, une concept ion t out e lit t éraire, religieuse et phil osophique, le Secret ne serait pas une f able, une Hist oire ou un j eu rit uel f ait d’ act es pervert is mais un ensemble de codes pour conquérir l es puissances int ellect uelles cont enues dans l’ homme.

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d’ où la nécessit é du Secret qui repose sur la Prudence, le Langage et le Symbol e puisque l e Secret du Coran est le symbol e de l’ essence divine non manif est ée, c’ est - à - dire celui du pouvoir et de la manif est at ion universell e ; ce qui f ait du t ext e sacré le Secret de la Connaissance et de la Spirit ualit é qui ébranle les ent it és psychiques du souf i qui risque d’ en êt re la vict ime, en met t ant le Symbolisme du Secret au compt e du Voyage, voire l’ Errance par la quêt e de la Vérit é, de la Paix et de l’ Immort alit é dans sa recherche de l’ Ident it é originelle et du cent re spirit uel.

C’ est d’ aill eurs cet t e l’ Errance conçue comme une sort e de voyage que Sohrawardi d’ Al ep déf init t ell e la "Pat rie Originell e" (Le Prophèt e Mohammed f ut port é au ciel dans son "Mîradj "). D’ un aut re point de vue, Shabest ari nomme les êt res errant s du t erme "Es Salikun", pluriel de "Es Salik", les voyageurs qui ont perdu t out e orient at ion et qui t ournent le visage vers "Ed Dal", le guide ill uminé qu’ est : le Pr ophèt e. Et c’ est ainsi que l e Néophyt e deviendrait Ascèt e puis Gnost ique en int erprét ant l e modèle at emporel à t ravers le Coran, dans une sort e de Voyage "in illo t empore" conf ormément à son processus ident it aire.

Nous concl uons à l’ issue de cet exposé, et au vu de ces alt ernances cult urelles et hist oriques ent re l’ aut hent icit é et la perversion des rit es qui inf luèrent considérablement sur la valeur symbolique des rit uels et de la pensée souf is en général, que cert ains créat eurs de f ict ions, dans la lit t érat ure maghrébine, s’ at t achent à met t re en scène des act es prof anes qui se chargeraient au moyen de la répét it ion quot idienne d’ une valeur sacrée par l’ imit at ion rassurant e d’ un archét ype f ondat eur.

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pensée maghrébine est souvent archét ypale et paradigmat ique dans la mesure où elle ne se reconnaît elle-même (advient ), qu’ au moment où elle cesse d’ êt re moderne.

Si les écrivains délèguent le pouvoir perf ormat if du langage à leurs prot agonist es, c’ est pour mieux permet t re des ancrages spat io-t emporels qui impliqueraient un const ant embrayage hors de l’ espace-t emps romanesque sur l’ Hist oire événement ielle du Maghreb qui const it ue, à not re sens, le seul crit ère d’ int erprét at ion du champ sémant ique d’ une lit t érat ure souvent t ravaillée par une int ert ext ualit é renf ermant une mult it ude de t ext es, écrit s / oraux, superposés, calqués, sur le Coran et la Tradit ion Orale qui s’ inspire perpét uellement du Sacré, dans un mouvement syncrét ique, au sens de l a sublimat ion et du merveilleux.

Bibliographie :

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6 - Gardet Louis : La Cit é Musulmane. Vie sociale et polit ique, Librairie philosophique, J. Vrin, Paris 1969.

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8 - Ibn Arabi : Les Illuminat ions de la Mecque, Albin Michel, Coll. Poche, Paris 1997.

9 - Ibn Khaldoun : Discours sur l’ Hist oire Universelle, Edit ions Sindbad, Paris 1978.

10 - Laroui, Abdallah : L’ idéologie arabe cont emporaine, Edit ions Maspéro, Paris 1976.

11 - Laroui, Abdallah : L’ Hist oire du Maghreb, T. 2, F. M. , Pet it e Collect ion Maspéro, Paris 1976.

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14 - Megherbi, Abdelghani : Le Monde musulman, Edit ions du Part i, Alger 1977. 15 - Meyerovit ch, Eva de Mit ray : Ant hologie du Souf isme, Sindbad, Coll. Islam, Paris 1978.

16 - Meyerovit ch, Eva de Mit ray : La prière en Islam, Albin Michel, Paris 1997. 17 - Random, Michel : La Connaissance et le Secret , Dervy-Livres, Paris 1992. 18 - Rumi, Jalal ud Dine : Rubaiyat , Albin Michel, Paris 1987.

19 - Rumi, Jalal ud Dine : Le Livre du Dedans, Albin Michel, Coll. Poche, Paris 1997.

Pour citer l'article :

 Dr Mokht ar At allah : Le Souf isme maghrébin ent re l'aut hent icit é et la perversion des rit es, Revue Annales du pat rimoine, Universit é de Most aganem, N° 03, 2005, pp. 13 - 37.

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