CHAPITRE 7 – Une enquête à travers la réalisation de questionnaires approfondis
7.1 L'enquête réalisée auprès de l'Embrapa
7.1.2 L'analyse des données du questionnaire Embrapa2
7.1.2.2 L'analyse thématique
Les portraits des enquêtés ainsi faits, nous présentons les croisements de leurs réponses données aux mêmes questions en accord avec les trois axes thématiques abordés dans notre travail : 1 - le développement, 2 – la culture /l'interculturel et 3 la communication). Nous avons fait une analyse de l'ensemble des réponses afin d'en faire ressortir davantage de pistes pour la suite de nos investigations.
L'AXE THÉMATIQUE 1 : LE DÉVELOPPEMENT
Par rapport au développement, nous avons posé une question directe aux enquêtés de cette
deuxième étape du terrain: « Lisez les affirmations suivantes et veuillez indiquer celle qui, à votre avis, est la définition la plus appropriée au sens que le terme « développement » a dans le cadre de
l'EMBRAPA ».343
Les cinq alternatives de réponse à cette question ont été formulées par les six cadres de l'EMBRAPA
qui ont répondu au premier questionnaire de notre terrain, raison pour laquelle elles ont été
formulées de façon aussi différente les unes envers les autres. Le résultat est que presque la totalité des enquêtés sont en accord avec la notion la plus idéalisée du développement, la définition qui intègre le développement avec un visage humain : 5 parmi les 6 enquêtés ont choisi la définition suivante (la deuxième option parmi les six alternatives du questionnaire):
Le développement est un processus qui doit compter sur la participation des acteurs locaux dans l'effort pour la quête des innovations. Ce processus présuppose la compréhension, par la part de tous ceux qui sont concernés, de l'importance de la connaissance locale afin de bien accomplir le but de mettre sur place, de façon intégrée, des actions concernant les
différentes dimensions de la vie : sociale, économique, environnementale, politique, territoriale, entre autres. Leur objectif est d'atteindre l'amélioration de la qualité de vie. 344
Ainsi, dans le champ théorique, la compréhension de la notion de développement dans le cadre spécifique de l'entreprise brésilienne qui a prévalu parmi les enquêtés est celle avec un visage humanitaire, qui préconise la participation des acteurs locaux dans un processus qui reconnaît l'importance de leurs connaissances, qui souhaite intervenir, avec eux, pas seulement au niveau économique, mais aussi social, environnemental, politique, territorial, etc., afin d'améliorer la qualité de leurs vies. L'idée du travail conjoint, apparue dans les réponses au premier
questionnaire destiné aux cadres de l'EMBRAPA, peut être perçue dans cette formulation quand elle parle de « la participation des acteurs locaux ».
Il nous semble important de noter que parmi les six formulations présentées comme alternatives de réponse, celle choisie par 5 des 6 enquêtés était la seule à contenir cette idée qui s'approche de la notion «d'échange de savoir» qui a été mise en avant par les enquêtés de l'EMBRAPA participant à la première étape de notre terrain. De plus, les autres options expriment, à des niveaux distincts, des opinions opposées, selon lesquelles le développement dans le cadre de l'EMBRAPA resterait toujours lié à la dimension économique.
343Traduite de l'original en portugais : « Leia as frases a seguir e marque aquela que, na sua opinião, melhor define o sentido do « desenvolvimento » no âmbito da EMBRAPA. »
344D'après la formulation originale en portugais : « O desenvolvimento é um processo que deve contar com a participação dos atores locais no esforço para a busca de inovações. Inclui a compreensão de todos quanto à importância do conhecimento local para atuar, de forma integrada, em diferentes dimensões: social, econômica, ambiental, política, territorial, dentre outras. Seu objetivo é alcançar a melhoria da qualidade de vida. »
La première alternative porte sur une vision purement économique (Le développement signifie augmenter la productivité du travail en augmentant aussi sa participation au PIB national345) ; la deuxième c'est l'option qui a été choisie par 5 parmi les six consultés. La troisième est une vision plus neutre (Le développement est attaché, fonctionnellement et organiquement, à la recherche346) ; la quatrième présente une vision plus pragmatique (Le développement est de rendre aux usagers des résultats qui causent des impacts sur leurs vies. Il est aussi le processus continu d'amélioration et d'utilisation de la technologie347). La cinquième alternative de réponse porte sur une critique sur le manque de dimension humanitaire (Très souvent, le développement n'est pris qu'en tant que développement de la recherche, et pas comme le développement des agriculteurs ou du milieu social où les activités sont mises en place 348), ainsi que la sixième (Il semble y avoir peu d'intérêt pour la thématique du développement si on considère leurs nouvelles approches : le développement rural, le développement durable, le développement local349).
Il est intéressant de noter que les deux formulations choisies par les chefs de missions et de projets en Afrique pour le sens du développement au sein de l'entreprise ont été proposées par deux journalistes : la première définition est celle de la chef de l'EMBRAPA Information Technologique, unité de services dédiée à la diffusion scientifique à travers plusieurs moyens, y compris les media (la radio, la télévision, internet) ; la seconde est celle de la chef du Secteur de communication. Les enquêtés avaient le choix de donner leur propre définition au cas où ils n'étaient d' accord avec aucune des six formulations, mais aucun ne l'ai fait.
La seule personne (E2.3), parmi les six enquêtés, qui a répondu différemment à cette question a choisi la définition selon laquelle « Le développement est de rendre aux usagers des résultats qui causent des impacts sur leurs vies. Il est aussi le processus continu d'amélioration et d'utilisation de la technologie. » Et, à la question 13.1, ouverte, qui parle de la distinction faite par l'entreprise entre la « coopération technique » établie avec des partenaires d'Afrique, d'Amérique Latine et des Caraïbes et la « coopération scientifique » établie avec des partenaires dans le monde, cette même personne a répondu:
En fait, la coopération technique de l'EMBRAPA est une réaction, une réponse aux demandes issues notamment d'Afrique et d'Amérique Latine. La coopération scientifique quant à elle a pour but le développement des partenariats en Recherche de pointe dans des domaines à la frontière de la connaissance scientifique.350
345D'après la formulation originale en portugais : « Desenvolvimento significa aumentar a produtividade do trabalho e aumentar sua participação no PIB nacional. »
346D'après la formulation original en portugais : « Desenvolvimento está preso, funcional e organicamente à pesquisa ».
347D'après la formulation originale en portugais : « Desenvolvimento é a entrega de resultados que geram impacto entre os usuários. E é, também, o processo contínuo de aprimoramento e uso da tecnologia ».
348D'après la formulation originale en portugais : « Muitas vezes o desenvolvimento ainda é visto apenas como desenvolvimento da pesquisa e não desenvolvimento dos agricultores e/ou do meio social onde as atividades se desenvolvem. »
349D'après la formulation originale en portugais : «Parece haver pouco interesse com o tema do desenvolvimento se consideramos seus novos recortes: desenvolvimento rural, desenvolvimento rural sustentável, desenvolvimento local. »
350Traduit de l'original en portugais : « Na verdade a cooperação técnica na EMBRAPA tem um comportamento reativo. Ela reage à demandas vindas principalmente da África e da América Latina. Já a cooperação científica visa desenvolver parcerias em Pesquisas em áreas no limite do conhecimento científico. »
Ces propos nous laissent supposer que les partenariats établis par l'EMBRAPA en Afrique et en Amérique Latine sont une réponse à des pays qui demandent de l'aide au Brésil, des pays qui ne seraient pas des partenaires envisageables quand il s'agit de faire avancer la connaissance.
La même idée est présentée de façon plus explicite dans la réponse de la personne E2.4 : « La coopération scientifique est une nécessité pour l'EMBRAPA à la quête des solutions pour les
problèmes brésiliens. La coopération technique est une demande de la politique externe brésilienne et des pays partenaires351 ». D'où nous pouvons conclure que les partenaires avec lesquels
l'entreprise établit une coopération technique (les pays d'Afrique, d'Amérique Latine et des Caraïbes) ne peuvent pas aider le Brésil à résoudre ses problèmes.
Il y a deux autres réponses à cette question où l'on peut voir l'association entre la notion de pays développés et le fait d'avoir plus de connaissance. Ce sont celles des personnes E2.5 et E2.6:
E.2.5 - Une division bête et dénuée de sens a été adoptée. L'EMBRAPA n'aurait dû faire que de la coopération scientifique, que ce soit avec les pays développés, que ce soit avec l'Afrique, quelquefois avec le partenaire faible en connaissance, d'autres fois, avec ceux qui ont le même niveau de connaissance et, d'autres encore avec les grands fournisseurs de connaissance. Ce que l'entreprise aurait dû garder toujours à l'esprit c'est d'avoir des acquis scientifiques (comme, par exemple, l'accès à la biodiversité, le développement de processus, etc). 352
E.2.6 - En raison de la différence entre la connaissance technique et l'expérience accumulée dans des régions tropicales qui peuvent être partagées en tant que point de départ pour des innovations
(coopération technique) et l'opportunité d'aller chercher de nouvelles connaissances là où il y a un niveau plus important de développement (coopération scientifique).353
Leurs réponses peuvent être vues comme l'expression d'une logique typiquement moderne, où la science et la technique sont les dieux, les seigneurs et les maîtres ; et qui permet de diviser le monde entre ceux qui sont « faibles en connaissances », « égaux en connaissances » ou « fournisseurs de connaissances » ; et où « la recherche de nouvelles connaissances » ne peut qu'être faite dans des
« locaux de développement plus grand ».
Il s'agit d'une logique absolutiste, qui impose un seul type de connaissance comme étant valable et légitime. Une logique qui ignore la diversité des connaissances humaines, issues de différentes sources (pratiques, spirituelles, sensitives, etc.), fondées sur d'autres bases que la technique et la science. Une logique qui élève au premier rang le type de connaissance qui peut être mesuré et quantifié, et, de cette façon s'intègre à la merveille au monde qui n'est vue qu' à travers les lentilles de l'économie.
351Traduit de l'original en portugais : « A cooperação científica é uma necessidade da EMBRAPA na busca por soluções para os problemas brasileiros. A cooperação técnica é uma demanda da política externa brasileira e dos países parceiros ».
352Traduit de l'original en portugais : « por terem adotado uma divisão boba e sem sentido. A EMBRAPA só deveria fazer cooperação científica, seja com os países desenvolvidos ou com a África, algumas vezes como o parceiro fraco em conhecimento, outras em igualdade de conhecimento e algumas vezes como o grande fornecedor de conhecimento.
No entanto, deveria ter sempre em mente ter ganhos científicos (como por exemplo, acesso a biodiversidade, desenvolvimento de processos etc) ».
353Traduit de l'original en portugais : «Devido a diferença entre conhecimento técnico e experiências acumuladas em áreas tropicais que podem ser partilhadas como ponto de partida para inovações (cooperação técnica) e a oportunidade de buscar novos conhecimentos em locais de maior desenvolvimento (cooperação cientifica) ».
En revanche, il y a d'autres réponses qui montrent un désaccord avec la supposée idée que, à travers ses partenariats, l'EMBRAPA ne cherche qu'à apprendre avec les pays 'développés' et à enseigner aux pays 'sous-développés' :
E2.1 - Cette division n'est pas rigide. Il y a une coopération scientifique en Afrique, principalement dans le domaine du développement institutionnel, de l'amélioration génétique, de l'échange de germe-plasma, etc. Dans peu de temps, au Ghana, une coopération avec l'Université du Ghana pour la formation de scientifiques dans le domaine de l'amélioration génétique doit voir le jour.354
A son tour, la personne E2.2 a donné une réponse qui explique la distinction entre la coopération scientifique et la coopération technique en parlant seulement des raisons pour lesquelles cette deuxième catégorie est apparue au sein de l'entreprise: « L'EMBRAPA est obligée de suivre les paradigmes du modèle de coopération sud/sud, qui sont en conflit avec le système capitaliste de production agronomique dominant au Brésil 355».
Un tel modèle est basé sur les principes de la diplomatie solidaire qui, entre autres, préconise que les aides apportées aux pays ''sous-développés'' ne doivent pas être rattachées à des exigences avantageuses, soit politiques, soit économiques, pour les pays qui apportent cette aide.
Après les croisements des réponses données aux questions 13 et 13.1, directement liées à l'axe 1 de notre travail (science, progrès et développement) notre première conclusion est que
l'orientation officielle, exprimée dans les documents et à travers les propos des cadres
hiérarchiques supérieurs, selon laquelle l'EMBRAPA doit passer d'un modèle linéaire (basé sur les connaissances imposées par les savants aux supposés non-savants) vers plusieurs modèles, plus dialogiques car basés sur des relations plus horizontales et participatives, a été saisie et est partagée par les chefs de missions et de projets en Afrique enquêtés.
Le fait que, parmi les cadres placés aux deux premiers niveaux de la hiérarchie de l'EMBRAPA, on retrouve la notion de « partage de savoir avec la participation des acteurs locaux » et qu'à côté persiste l'idée selon laquelle les pays peuvent être encadrés dans une échelle de connaissances qui les différencient entre plus ou moins développés, est un exemple de ce que Michel Maffesoli classifie comme étant de « l'ordre du contradictoriel ».
Au sein même d'une institution très représentative de la logique moderne, car consacrée à la recherche scientifique et aux avancées techniques, on trouve des contradictions. Le discours unitaire et unifiant, aux prétentions universalistes, commence à être mis en cause. Ceci est notre deuxième conclusion quand il s'agit de parler du développement.
En reprenant le concept proposé par Gilbert Durand, Maffesoli considère que dans notre monde actuel, qui est en mouvance, du fait que les valeurs monothéistes et unitariennes établies par la Modernité sont en train de couler, il y a encore une place pour ce qui est l'ordre du contradictoire.
354Traduit de l'original en portugais : « Isso não é rígido. Existe cooperação científica na África principalmente na área de desenvolvimento institucional, melhoramento genético, intercâmbio de germoplasma, etc. Brevemente deverá iniciar em Gana, cooperação com a Universidade de Gana na formação de cientistas na área de melhoramento genético. »
355Traduit de l'original en portugais : « A EMBRAPA obrigatoriamente deve seguir os paradigmas do modelo de cooperação sul/sul, conflitantes com o sistema capitalista de produção agropecuária dominante no Brasil.)
Cette deuxième conclusion a été renforcée quand nous sommes allée vérifier si l'idée du développement en tant que « processus qui préconise la participation des acteurs locaux en reconnaissant l'importance de leurs connaissances » d'après la perception des chefs de projets et de missions de l'EMBRAPA en Afrique, glisse du champ théorique vers le champ pragmatique. Les réponses données à quatre questions (9, 10, 11 et 12) nous ont permis de procéder à une telle vérification.
La question 9 porte sur le comportement des chercheurs brésiliens vis à vis des africains en considérant trois catégories professionnelles différentes : les chercheurs, les techniciens et les agriculteurs. Dans les questions suivantes, les enquêtés ont justifié leurs réponses par rapport à chacune de ces trois catégories professionnelles. La question 9 a été présentée de la manière suivante :
9 – A votre avis et de façon générale, parmi les alternatives suivantes, laquelle qualifie le mieux le comportement des chercheurs brésiliens face aux africains:
Veuillez choisir la réponse la plus appropriée à chaque catégorie :
La posture des chercheurs brésiliens face aux : AGRICULTEURS
africains
CHERCHEURS africains
TECHNICIENS africains Ouverte au dialogue et à l'écoute
Fermée au dialogue ; pas à l'écoute Neutre
A une disposition pour faire des échanges de savoirs, prêt à enseigner mais aussi à apprendre Sans présenter une disposition pour faire des échanges de savoirs, prêt seulement à enseigner
Malgré ce que l'on peut penser au premier regard, il y a une différence, au niveau épistémologique qui n'est pas négligeable entre « dialoguer », « écouter » et « échanger ».
Pour analyser les réponses, nous considérons que l'attitude de celui qui a « une disposition pour faire des échanges de savoirs, prêt à enseigner mais aussi à apprendre » peut être le signe qu'on a laissé tomber les classifications dualistes du type ''avancé'' et ''retardé'', ou même qu'on ne les avait jamais adoptées.
Parmi les six personnes, trois ont répondu que l'attitude des chercheurs brésiliens face aux
agriculteurs africains est marquée par « la pré-disposition pour l'échange des savoirs, car ils sont prêts à enseigner mais aussi à apprendre »356, deux considèrent qu'elle est « ouverte au dialogue, car ils sont à l'écoute » et une personne a marqué la réponse opposée : « fermée au dialogue, car ils ne sont pas l'écoute ».
Face aux techniciens africains, cinq enquêtés pensent que les chercheurs brésiliens ont « une pré-disposition pour l'échange des savoirs, car ils sont prêts à enseigner mais aussi à apprendre » et une personne a choisi la réponse: «ouverts au dialogue, car ils sont à l'écoute».
356Traduit de la formulation en portugais « Com disposição para a troca de saberes, pronto a ensinar mas também a aprender ».
Et, finalement, face aux chercheurs africains, il y a aussi cinq enquêtés pour lesquels l'attitude des chercheurs brésiliens est marquée par « une pré-disposition pour l'échange des savoirs, car ils sont prêts à enseigner mais aussi à apprendre » et un qui a marqué la réponse opposée : « ils n'ont pas de disposition pour les échanges de savoirs, n'étant prêts que pour enseigner ».
Nous voyons que la perception selon laquelle les chercheurs brésiliens sont « pré-disposés à l'échange de savoirs » prédomine parmi les six enquêtés. Il y en a même trois d'entre eux qui ont choisi cette option pour qualifier l'attitude de leurs collègues d'entreprise face aux trois catégories professionnelles concernées (les personnes E2.1, E2.3 et E2.6). Cette constatation nous laisse supposer qu'il se peut que l'idée du développement en tant que « processus qui préconise la
participation des acteurs locaux en reconnaissant l'importance de leurs connaissances » glisse, au moins dans une certaine mesure, du champ théorique vers le champ pragmatique quand on parle des activités mises en place par l'EMBRAPA en Afrique.
Analysons, donc, les justifications données par les enquêtés pour parler de leur perception par rapport à l'attitude des chercheurs brésiliens face aux trois catégories concernées dans notre investigation.
En débutant par les chercheurs africains (question 11), voyons les explications des cinq enquêtés qui considèrent qu'elle est marquée par « une pré-disposition pour l'échange des savoirs, car ils sont prêts à enseigner mais aussi à apprendre » ( ce sont nos remarques ) :
11 – A votre avis et de manière générale, pourquoi l'affirmation que vous avez choisie pour la question précédente est celle qui caractérise le mieux la posture des chercheurs brésiliens face aux
CHERCHEURS africains ?357
E2.1 - « Plusieurs institutions africaines développent des activités importantes qui peuvent contribuer aux échanges d'informations scientifiques dans différents domaines, comme l'amélioration végétale, le contrôle des ravageurs, des maladies, entre 'autres. »358
E2.3 - « Parce que les chercheurs, qu'il soient africains ou de n'importe quelle origine, ont acquis beaucoup de connaissances qui sont importantes pour donner une direction au travail de recherche. »359
E2.4 - «Dans le domaine de la science, ils ont tous des choses à apprendre et des choses à enseigner. Les projets dont j'étais le leader demandaient une grande participation du partenaire africain, ce qui demandait une interaction de savoirs. » 360
357Traduit de la formulation en portugais « Na sua opinião e de maneira geral, por que a o conjunto de palavras que marcou na resposta anterior é o que melhor qualifica a postura dos pesquisadores brasileiros frente aos PESQUISADORES africanos »
358Traduit de la formulation en portugais « Várias instituições africanas desenvolvem trabalhos importantes que podem contribuir para troca de informações científicas em diversas áreas, como melhoramento vegetal, controle de pragas, doenças, dentre outras. »
359Traduit de la formulation en portugais « Porque os pesquisadores tanto africanos como de qualquer outra origem possuem muito conhecimento adquirido que são importantes para direcionar o trabalho de pesquisa. »
360Traduit de la formulation en portugais « Em ciência todos tem o que aprender e a ensinar. Os trabalhos que liderei requeriam forte participação do parceiro africano, o que exigia uma interação de saberes.»
E2.5 - « Les chercheurs africains sont très bien formés, malgré le fait d'avoir peu de pratique concernant les systèmes productifs compétitifs »
E2.6 - «Les chercheurs brésiliens ne refusent pas de faire le transfert des connaissances, des techniques, des méthodes, des matériaux, en respectant, toujours, l'opinion du technicien local. Il n'existe pas de 'réserve de connaissance' dans ce type de relation. »361
Nous avons noté que l'idée de partage de savoirs est présente dans des mots et des expressions comme « contribuer », « apprendre et enseigner » et « forte participation ». De plus, nous pouvons dire qu'il existe une certaine reconnaissance de la valeur du chercheur africain, qui est vu comme quelqu'un « qui a acquis beaucoup de connaissances » (E2.3) et « qui a été très bien formé » (E2.5).
La personne E2.1 voit cette valeur auprès des institutions africaines, qui « développent d' importants travaux pouvant contribuer aux échanges d'informations scientifiques en plusieurs domaines ... ». La personne E2.4 met l'accent sur le besoin du partenaire africain de s'engager dans les projets qu'il a menés et l'enquêté E2.6 parle du respect, toujours porté, à l'opinion du
professionnel local.
Pour conclure l'analyse des réponses à la question 10, nous souhaiterions dire que, d'après le choix des mots de la seule personne enquêtée pour laquelle l'attitude des chercheurs brésiliens face à leurs collègues africains est celle de la fermeture (E2.2) – « vendre », « processus technologiques »,
« archaïque », « système capitaliste » – nous supposons qu'il s'agit de quelqu'un qui conserve les références issues du « modèle linéaire-offertiste ». Celui qui a été préconisé par le paradigme diffusionniste, qui, face à des problèmes agricoles, propose le simple transfert de technologies à travers l'adoption des « paquets » constitués de solutions toutes prêtes développées ailleurs.
Paradigme qui, comme nous l'avons déjà avancé dans le chapitre 3, suit la logique dualiste, productiviste, basée sur la scientificité et la technicité, la logique propre à la pensée dominante établie par la Modernité. Et, comme nous l'avons remarqué auparavant dans cette même section, c'est aussi le cas pour la personne E2.6.
En revanche, le choix des mots de leurs collègues donnent l'impression qu'ils peuvent être des personnes plus en phase avec une nouvelle vision, celle qui reconnaît les valeurs que peut apporter la diversité des acteurs engagés dans l'activité scientifique, et que, quand il s'agit de relations, au lieu de transmettre des connaissances, on peut faire des échanges de savoirs.
Quand, au sein d'une entreprise de recherche scientifique, parmi les cadres bien placés
hiérarchiquement, on parle plus de participation et de contribution avec des partenaires qui ne sont pas des scientifiques que de transmission de connaissances, cela peut être vu comme un signe de la véritable quête d'un nouveau paradigme.
361Traduit de la formulation en portugais «Pesquisadores brasileiros nao se furtam de transmitir conhecimentos, técnicas, métodos, materiais, sempre respeitando a opinião do técnico local. Não ha "reserva de conhecimento" neste tipo de relação. »